Liste de prix par quantité : comment construire une matrice façon × palier
Dans beaucoup d'entreprises manufacturières, la liste de prix n'existe pas en tant que document. Il existe un dossier contenant les devis des trois dernières années, et quand une demande arrive, on cherche le travail le plus ressemblant et on l'adapte. Cela fonctionne tant que c'est toujours la même personne qui chiffre, celle qui a les critères en tête. Cela cesse de fonctionner le jour où cette personne est en congé, ou quand l'entreprise grandit et que les personnes deviennent deux.
La liste de prix par quantité structurée en matrice est l'outil qui résout ce problème. Ce n'est pas un fichier mieux rangé : c'est une façon différente de représenter le prix, qui rend le chiffrage reproductible et la marge mesurable.
En résumé
- Une liste de prix en matrice croise deux dimensions : la façon en ligne et le palier de quantité en colonne. Chaque cellule est un prix unitaire.
- Cette structure est nécessaire parce que le prix unitaire en production n'est pas linéaire : les coûts fixes de calage se répartissent sur des volumes différents.
- Six à dix paliers couvrent la quasi-totalité des cas réels. Au-delà, on ajoute de la maintenance sans ajouter de précision.
- La règle sur les quantités intermédiaires doit être décidée une fois et codifiée, non improvisée à chaque devis.
- La vraie valeur arrive quand la matrice cesse d'être une feuille de calcul et devient la source à partir de laquelle le devis se génère tout seul.
Pourquoi le prix unitaire n'est pas linéaire
Prenez une façon quelconque qui demande une mise au point : impression, découpe, broderie, découpe laser, gravure. Le coût total se compose de trois parties.
- Coût de calage : temps machine et matériel consommé pour la mise au point. Il est fixe, il ne dépend pas du nombre de pièces que vous produirez.
- Coût variable par pièce : matière première et temps machine de production effective.
- Coûts ponctuels : outillage dédié, matrice, forme de découpe, film.
Si le calage coûte 80 euros et que le coût variable est de 0,12 euro par pièce, le coût unitaire sur 200 pièces est de 0,52 euro et sur 10 000 pièces de 0,128 euro. Quatre fois de différence sur exactement le même produit.
Une liste de prix avec un unique prix unitaire et une remise en pourcentage selon le volume ne parvient pas à représenter cette courbe. La remise est linéaire, le coût ne l'est pas. Résultat : sur les tirages courts vous travaillez à perte et sur les tirages longs vous êtes hors marché, souvent sans vous en apercevoir.
L'anatomie de la matrice
La structure minimale est la suivante.
| Façon | 250 | 500 | 1 000 | 2 500 | 5 000 | 10 000 | 25 000 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Impression 1 couleur | 0,42 | 0,26 | 0,17 | 0,11 | 0,08 | 0,06 | 0,05 |
| Impression 4 couleurs | 0,88 | 0,52 | 0,33 | 0,21 | 0,15 | 0,11 | 0,09 |
| Pelliculage mat | 0,31 | 0,19 | 0,13 | 0,09 | 0,07 | 0,05 | 0,04 |
| Découpe | 0,35 | 0,21 | 0,14 | 0,09 | 0,06 | 0,05 | 0,04 |
| Collage | 0,28 | 0,17 | 0,11 | 0,08 | 0,06 | 0,04 | 0,04 |
Les chiffres sont donnés à titre d'exemple. Ce qui compte, c'est la logique : chaque ligne est une façon vendable séparément, chaque colonne est un palier de quantité, chaque cellule est le prix unitaire de cette façon à ce volume.
Le devis devient une somme de cellules. Cinq mille boîtes imprimées en quadrichromie, pelliculées, découpées et collées : vous lisez quatre cellules dans la colonne 5 000, vous additionnez, vous multipliez par la quantité. Aucun recalcul, aucune formule à réécrire, aucun risque que deux personnes différentes arrivent à deux chiffres différents.
Combien de lignes
Autant qu'il y a de façons que vous vendez comme postes distincts. La tentation est de tout découper en micro-étapes pour avoir plus de contrôle : c'est une erreur. Si une étape n'est jamais vendue séparément et n'est jamais optionnelle, regroupez-la. Une matrice de 60 lignes dont 45 toujours sélectionnées ensemble est une matrice que personne ne tient à jour.
Combien de paliers
De six à dix. Le critère n'est pas mathématique, il est commercial : les paliers doivent correspondre aux quantités que vos clients demandent réellement. Regardez les devis des douze derniers mois, triez les quantités demandées et voyez où elles se concentrent. Presque toujours, des regroupements naturels émergent autour de nombres ronds.
Choisir les paliers sur les données historiques plutôt que sur le papier a un effet pratique immédiat : la plupart des demandes tombent exactement sur un palier, et le problème des quantités intermédiaires disparaît presque.
Le problème des quantités intermédiaires
Le client demande 3 700 pièces. La matrice a 2 500 et 5 000. Que fait le système ?
Option A — palier inférieur. Vous appliquez le prix de 2 500. C'est le choix prudent : la marge est protégée, le prix est plus élevé. Vous risquez de paraître cher sur des demandes juste au-dessus du seuil.
Option B — palier supérieur. Vous appliquez le prix de 5 000. Vous êtes plus agressif commercialement, mais vous vendez 3 700 pièces au coût unitaire de 5 000 : si la courbe est raide, vous y perdez.
Option C — interpolation linéaire. Vous calculez le prix proportionnel entre les deux paliers. C'est l'option la plus correcte du point de vue du coût et la plus difficile à faire à la main de manière cohérente, ce qui est exactement la raison pour laquelle il faut la déléguer au logiciel.
Il n'existe pas de réponse juste dans l'absolu. Il existe une réponse juste pour votre entreprise, et la règle est qu'elle doit être décidée une fois, écrite, et appliquée toujours. Le dommage ne vient pas d'avoir choisi l'option B : il vient d'avoir trois commerciaux qui en appliquent trois différentes sans le savoir.
Coûts ponctuels : les tenir hors de la matrice
Formes de découpe, clichés, films, matrices, échantillonnages et outillages dédiés n'appartiennent pas à la matrice. Ils ont une logique différente : on les paie une fois, ils valent pour toutes les réimpressions futures, et la décision de les facturer, de les répartir ou de les absorber est commerciale, pas une affaire de liste de prix.
Gardez-les comme postes séparés du devis, avec trois états possibles :
- Facturés — première commande, nouveau client, produit qui reviendra difficilement.
- Amortis — répartis sur le tirage, typique quand le client ne veut pas voir ce poste sur la facture.
- Non facturés — réimpression d'un travail avec un outillage déjà existant.
Si vous noyez ces coûts dans le prix unitaire, dans six mois vous ne saurez plus pourquoi ce travail avait ce prix, et la réimpression partira d'une base erronée.
Pourquoi Excel tient jusqu'à un certain point
Une matrice se construit très bien dans une feuille de calcul. Le problème n'est pas de la construire, c'est de la faire vivre.
Quand le coût du papier augmente, vous devez mettre à jour les cellules de toutes les lignes qui utilisent ce support, dans tous les fichiers où cette liste de prix a été copiée. Quand un commercial prépare un devis, il duplique en général le fichier : dès cet instant, il existe une copie de la liste de prix qui ne recevra plus aucune mise à jour, et que quelqu'un utilisera dans trois mois.
Au bout d'un an, vous avez des dizaines de versions de la même liste de prix éparpillées entre les bureaux, les dossiers partagés et les pièces jointes d'e-mails, et personne ne sait laquelle est la bonne. C'est le moment où la matrice cesse d'être un outil de contrôle et devient une source d'erreurs : le sujet est approfondi dans gérer les devis avec Excel : les erreurs qui coûtent de la marge.
La solution n'est pas un meilleur Excel. C'est de déplacer la matrice en un seul endroit, où elle est mise à jour une fois et d'où chaque devis la lit au moment où il est créé.
De la liste de prix au devis automatique
Quand la matrice est centralisée, le chiffrage change de nature. Le flux devient :
- Vous sélectionnez le client, qui apporte avec lui ses conditions (liste de prix dédiée, remises, devise, conditions de paiement).
- Vous sélectionnez les façons.
- Vous saisissez la quantité.
- Le système lit les cellules, applique la règle sur les quantités intermédiaires, ajoute les coûts ponctuels et compose le document.
Le temps de production d'un devis passe de dizaines de minutes à quelques-unes. Mais le plus grand bénéfice est ailleurs : le prix devient une propriété de l'entreprise, pas de la personne qui chiffre. Quelle que soit la personne qui répond à la demande, le montant est le même. Quand vous mettez à jour une ligne, tous les devis futurs sont déjà à jour.
Et, chose qu'on ne fait presque jamais dans Excel, vous pouvez placer à côté de chaque cellule de prix le coût correspondant. Le devis affiche alors la marge pendant que vous le construisez, et non a posteriori trois mois plus tard. La méthode pour construire ces coûts est décrite dans comment calculer la marge d'une affaire.
Checklist : votre matrice est-elle bien faite ?
- [ ] Les façons en ligne correspondent à des postes que vous vendez ou que le client peut choisir de ne pas prendre
- [ ] Les paliers découlent des quantités historiquement demandées, pas de nombres ronds choisis sur le papier
- [ ] La règle sur les quantités intermédiaires est écrite et identique pour tous
- [ ] Les coûts ponctuels sont des postes séparés, avec un état explicite
- [ ] Il n'existe qu'une seule version de la liste de prix et tout le monde sait où elle se trouve
- [ ] Pour chaque prix, il existe le coût correspondant, de sorte que la marge est visible
- [ ] La mise à jour d'un intrant se répercute en un seul endroit
- [ ] Les listes de prix différenciées par client sont dérivées de la liste de prix de base, pas des copies indépendantes
Si vous avez répondu non à plus de trois points, la liste de prix produit déjà des erreurs que vous n'avez pas encore vues.
FAQ
Combien de paliers de quantité faut-il dans une liste de prix ?
De six à dix dans la plupart des cas. Moins de six rendent les sauts de prix trop brusques et difficiles à défendre face au client ; plus de dix multiplient les cellules à maintenir sans ajouter de précision commerciale réelle.
Comment gérer une quantité qui se situe entre deux paliers ?
Les options sont au nombre de trois : appliquer le palier inférieur, appliquer le palier supérieur ou interpoler linéairement entre les deux. Quel que soit le choix, il doit être arrêté une fois au niveau de l'entreprise et appliqué toujours de la même manière, non laissé à chaque devis.
La liste de prix en matrice fonctionne-t-elle uniquement pour l'impression ?
Non. Elle fonctionne dans tout secteur où le prix dépend de la combinaison d'une façon et d'une quantité : cartonnerie, fabricants d'étiquettes, sérigraphie, usinage mécanique en sous-traitance, broderies, gravures, aménagements.
À quelle fréquence faut-il mettre à jour une liste de prix en matrice ?
À chaque variation significative du coût d'un intrant, et de toute façon avec une révision programmée au moins deux fois par an. L'avantage de la matrice est que la mise à jour se fait sur la ligne de la façon et se propage à tous les devis futurs.