Gestion des stocks pour les petites entreprises : stock, disponibilité et point de commande

Par Redazione VERC · · 9 min de lecture

Rayonnages d'entrepôt avec des cartons et un indicateur de niveau de stock
Gestion des stocks pour les petites entreprises

Dans une petite entreprise, le stock est rarement « géré ». Il est surveillé. Quelqu'un passe entre les rayonnages, constate qu'il ne reste plus beaucoup de tel matériau, et commande. Cela fonctionne tant que le magasinier reste le même et connaît les consommations par cœur. Puis arrive la grosse commande, ou le fournisseur allonge ses délais de livraison, et la production s'arrête faute d'un matériau que l'on croyait avoir.

La gestion des stocks dans les petites entreprises ne demande pas un système complexe. Elle demande trois choses bien faites : savoir ce qu'il y a réellement, savoir ce qui est déjà engagé, et savoir quand commander. Ce guide explique comment les mettre en place.

En bref

Les trois chiffres vraiment indispensables

Le stock physique

C'est la quantité physiquement présente. Il ne se met à jour qu'avec des mouvements réels : la marchandise entre, le stock monte ; la marchandise sort, il descend. Rien d'autre ne le modifie.

Le stock physique est le chiffre que vous vérifiez lors de l'inventaire. Si le système indique 340 et qu'il y en a 315 sur l'étagère, vous avez un écart à expliquer, et les causes sont presque toujours les mêmes : rebuts non enregistrés, prélèvements urgents effectués sans document, erreurs de comptage à la réception.

La disponibilité

C'est le stock physique moins les quantités engagées sur des commandes confirmées et des affaires en cours, plus, le cas échéant, les quantités attendues au titre de commandes fournisseur déjà passées.

Exemple concret. Vous avez 500 feuilles en stock. Une affaire confirmée en nécessite 400. Le stock physique est de 500, la disponibilité de 100. Si le commercial regarde le stock physique et confirme un autre travail de 300 feuilles, il vient de promettre au client un matériau qui n'existe pas.

Cette distinction est la principale raison pour laquelle un tableur ne suffit pas. Le tableur connaît le stock physique. Les quantités engagées se trouvent dans les commandes, qui vivent ailleurs.

La consommation moyenne

La quantité que vous consommez sur une période. C'est la donnée qui alimente tout le reste et la seule qui exige un peu d'historique pour être fiable. Trois mois de mouvements sont un minimum, six valent mieux, et il faut les épurer des affaires exceptionnelles qui fausseraient la moyenne.

Comment calculer le stock minimum

La formule est simple ; ce qui demande de l'attention, ce sont les données d'entrée.

Stock minimum = (consommation moyenne journalière × délai de réapprovisionnement en jours) + stock de sécurité

Consommation moyenne journalière. La consommation de la période divisée par les jours ouvrés de la période. Si en 60 jours ouvrés vous avez utilisé 12.000 feuilles, la consommation est de 200 par jour.

Délai de réapprovisionnement. Les jours qui s'écoulent entre l'émission de la commande et la disponibilité effective du matériau. Pas les jours annoncés par le fournisseur : les jours réels, mesurés sur les dernières commandes. Ils sont presque toujours plus longs.

Stock de sécurité. Le coussin qui absorbe la variabilité. Un critère pratique et suffisant pour la plupart des petites entreprises :

Situation Stock de sécurité
Consommations régulières, fournisseur ponctuel 15-20 % de la consommation sur le délai de réapprovisionnement
Consommations variables ou fournisseur irrégulier 30-40 %
Article critique qui arrête la production 50 % ou plus
Article facilement disponible ailleurs voire 0

Avec 200 feuilles par jour, 10 jours de délai et 30 % de sécurité : (200 × 10) + 600 = 2.600 feuilles de stock minimum.

Le point de commande

Le point de commande est le niveau de disponibilité en dessous duquel la commande se déclenche. Numériquement, il coïncide avec le stock minimum que l'on vient de calculer : dès que la disponibilité descend à 2.600, vous commandez.

Ce qui fait la différence, c'est qu'il soit vérifié automatiquement. Un point de commande noté sur une fiche que personne ne consulte ne sert à rien. Un système qui vous signale les articles sous le seuil transforme le réapprovisionnement d'une activité réactive (« on s'est rendu compte qu'il en manquait ») en une activité planifiée.

Le bénéfice n'est pas seulement d'éviter les arrêts. C'est d'arrêter d'acheter dans l'urgence, qui est la façon la plus coûteuse d'acheter : prix moins bons, quantités non optimales, transports express.

Combien commander

Le point de commande dit quand. La quantité économique de commande dit combien. Sans entrer dans la formule de Wilson, pour une petite entreprise les critères pratiques sont :

Classification ABC : où concentrer le suivi

Tous les articles ne méritent pas le même effort. La règle empirique veut qu'une minorité de références représente la majorité de la valeur mouvementée.

Classe Part des références Part de la valeur Comment la gérer
A ~20 % ~80 % Point de commande calculé, suivi fréquent, relation étroite avec le fournisseur
B ~30 % ~15 % Point de commande indicatif, suivi périodique
C ~50 % ~5 % Stock abondant, réapprovisionnement à vue, aucun calcul

Le sens pratique : si vous avez 400 références en stock, celles sur lesquelles il vaut la peine de calculer stock minimum et point de commande sont peut-être 80. Pour les autres, gardez un stock généreux et n'y pensez plus. C'est l'inverse de ce que font beaucoup d'entreprises lorsqu'elles mettent en place un système de gestion des stocks : chercher à tout recenser avec le même niveau de détail, puis abandonner au bout de trois semaines.

Entrées, sorties et le problème de la discipline

Un stock fonctionne si les mouvements sont enregistrés. Cela semble évident, et c'est pourtant là que presque tous les projets s'enlisent.

Entrée. À l'arrivée de la marchandise, en regard du bon de livraison. La règle est d'enregistrer la quantité comptée, non celle inscrite sur le document. Si elles ne coïncident pas, l'écart doit être signalé immédiatement au fournisseur.

Sortie. Au prélèvement pour la production. C'est le mouvement le plus souvent oublié, car dans la précipitation on prend le matériau et on l'enregistre « plus tard ». Ce plus tard n'arrive presque jamais.

Deux dispositions qui fonctionnent mieux que n'importe quel rappel à l'ordre :

  1. Sortie automatique depuis l'affaire. Si le système sait que cette affaire consomme 2.400 feuilles de ce support, la sortie peut se faire à la confirmation ou à l'avancement, sans que personne n'ait à y penser.
  2. Enregistrement là où a lieu le mouvement. S'il faut traverser l'atelier et allumer un PC pour enregistrer une sortie, elle ne se fera pas. Si cela se fait depuis un téléphone ou une tablette à côté de l'étagère, elle se fait.

Régularisations. Les écarts doivent être enregistrés comme des régularisations avec un motif, non corrigés en silence. Les motifs récurrents sont le diagnostic du problème : si les régularisations pour rebut sont systématiques, la consommation théorique est fausse et doit être corrigée au moment du chiffrage, où elle cause des dégâts bien plus importants. Le lien entre consommation réelle et prix est le sujet de comment calculer la marge d'une affaire.

L'inventaire une fois par an ne suffit pas

L'inventaire physique annuel sert à des fins comptables, mais comme outil de contrôle il arrive trop tard : en décembre, vous découvrez un écart né en mars, et en reconstituer la cause est impossible.

L'alternative est l'inventaire tournant : on contrôle peu de références à la fois, chaque semaine, en donnant la priorité à la classe A. En un an, tout le stock a été couvert, les écarts se découvrent quelques semaines après leur apparition, et l'on n'arrête jamais l'activité pendant deux jours.

Quand le tableur ne suffit plus

Excel gère bien le stock physique. Il peine sur trois fronts.

Les quantités engagées. Elles exigent le lien entre le stock et les commandes. Dans un tableur, cela revient à mettre à jour une colonne à la main à chaque confirmation de commande, et personne ne le fait durablement.

La simultanéité. Deux personnes qui manipulent le même fichier produisent des conflits ou des copies. Les mêmes dynamiques décrites dans gérer les devis avec Excel valent à l'identique pour le stock.

Le temps réel. Le commercial au téléphone avec le client a besoin de savoir maintenant si le matériau est là. Un tableur mis à jour en fin de journée répond à la mauvaise question.

Le critère de décision est pratique : si les ruptures de stock sont devenues un problème récurrent, ou si quelqu'un a promis à un client un matériau qui n'existait pas, le tableur a fait son temps.

Par où commencer, dans l'ordre

  1. Extrayez les mouvements des six derniers mois et classez les références en A, B, C selon la valeur mouvementée.
  2. Sur les références A, mesurez le délai de réapprovisionnement réel des fournisseurs sur les dernières commandes.
  3. Calculez consommation moyenne, stock minimum et point de commande uniquement pour ces références.
  4. Réalisez un inventaire physique complet pour partir de stocks réels.
  5. Définissez qui enregistre les mouvements et avec quel outil, avant d'activer le moindre logiciel.
  6. Activez les alertes de stock bas et laissez-les travailler pendant un mois avant d'ajouter autre chose.

L'étape cinq est celle qui décide de l'issue. Un système de gestion des stocks n'échoue jamais pour des limites techniques : il échoue parce que les mouvements cessent d'être enregistrés.

FAQ

Quelle est la différence entre le stock et la disponibilité ?

Le stock est la quantité physiquement présente dans l'entrepôt. La disponibilité correspond au stock moins les quantités déjà engagées sur des commandes confirmées, plus les éventuelles quantités attendues du fournisseur. C'est sur la disponibilité que se prennent les décisions ; c'est sur le stock que se fait l'inventaire.

Comment calcule-t-on le stock minimum ?

On multiplie la consommation moyenne journalière par le délai de réapprovisionnement du fournisseur, puis on ajoute un stock de sécurité proportionnel à la variabilité des consommations et à la fiabilité du fournisseur.

Quelle est la formule du point de commande ?

Point de commande = (consommation moyenne journalière × délai de réapprovisionnement en jours) + stock de sécurité. Dès que la disponibilité passe sous cette valeur, on émet la commande de réapprovisionnement.

Un logiciel de gestion des stocks est-il utile si j'ai peu d'articles ?

Si vous avez quelques dizaines d'articles, qu'ils ne changent presque jamais et qu'une seule personne les gère, un tableur bien tenu peut suffire. Le logiciel devient nécessaire dès que vous avez besoin des quantités engagées sur les commandes, que plusieurs personnes effectuent des mouvements, ou que les ruptures de stock commencent à bloquer la production.